Gaz renouvelables : la nécessaire accélération pour décarboner

Alors que la France s'engage dans l’élaboration de sa stratégie énergétique pour la prochaine décennie, la fin de la concertation sur la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) marque une étape cruciale.
La filière des gaz renouvelables se réjouit de l'ambition affichée pour 2030, avec un objectif de 44 TWh PCS de biométhane injecté. Elle sollicite des efforts et des soutiens renforcés pour poursuivre sa progression vers des objectifs ambitieux. Il est impératif de fixer un horizon stable et structurant pour garantir la transition énergétique et soutenir une filière porteuse pour la décarbonation et la souveraineté énergétique et industrielle de notre pays.
La nécessité d’une forte accélération de la production des gaz renouvelables
Si l'objectif pour 2030 est conforme aux trajectoires de développement, la fourchette annoncée pour 2035 (44 à 79 TWh PCS) manque d’ambition et risque d'envoyer un signal d'arrêt aux acteurs de la filière. Pour garantir le développement pérenne des gaz renouvelables, la planification énergétique doit impérativement être accompagnée de mesures de soutien financier et réglementaire ambitieuses, en particulier pour les technologies complémentaires de production de gaz renouvelables et bas-carbone.
Garantir la stabilité et la visibilité des cadres économique et réglementaire
Le ralentissement des nouveaux raccordements d’installations de méthanisation en 2024 est en grande partie dû au manque de visibilité économique des dernières années, a alerté la filière. La réduction des aides publiques, couplée aux crises récentes, a limité la dynamique du secteur. Bien que les mesures prises cette année aient permis un léger redressement, il est crucial de maintenir cette direction pour garantir la pérennité du secteur.
La préparation de l’après 2028 doit commencer dès maintenant pour assurer un développement durable. Pour soutenir une croissance continue, la filière a besoin d’un équilibre entre :
- les dispositifs de soutien à la production, notamment pour les petites installations agricoles,
- les dispositifs de décarbonation de la demande tels que les certificats de production de biogaz (CPB) pour les secteurs résidentiel et tertiaire et l’Incitation à la Réduction de l'Intensité Carbone des Carburants (IRICC) pour la mobilité
- les soutiens à la décarbonation industrielle.
L’adoption récente des textes réglementaires sur le dispositif CPB est un premier pas important. La filière attend maintenant une clarification rapide concernant la trajectoire de restitution post 2028 afin de garantir la continuité des investissements. Il est ainsi crucial de faciliter la conversion des installations de cogénération existantes vers l’injection de biométhane. Enfin, la reconnaissance officielle du rôle du biométhane dans la réduction des émissions de carbone des consommateurs est essentielle pour structurer et stimuler la demande.
Industrialiser les technologies complémentaires pour atteindre la neutralité carbone
La PPE ne fixe pas d'objectifs pour les technologies complémentaires de production de gaz renouvelables et bas-carbone, telles que la pyrogazéification, la gazéification hydrothermale et le power to méthane. Ces filières sont importantes pour la décarbonation du mix gazier et l'autonomie énergétique. Avec 49 projets de pyrogazéification et 24 projets de gazéification hydrothermale identifiés en France lors de deux appels à manifestations d’intérêt, il est urgent de faire émerger les premiers projets industriels. Ces technologies permettent à la fois de valoriser les déchets et produire une énergie locale et décarbonée, renforçant ainsi la souveraineté énergétique du pays. Plus de coordination et de priorisation dans les politiques publiques leur seraient bénéfiques. Les acteurs français du secteur, grandes entreprises, start-ups et centres de recherche, font preuve d’un dynamisme remarquable, mais leur développement dépend d’un signal politique clair, indispensable pour mobiliser les financements nécessaires à leur industrialisation à grande échelle.
L’essor d’une économie autour du CO₂ biogénique ou bioCO₂
Coproduit de la méthanisation, le bioCO₂ est une ressource stratégique pour la décarbonation. Capturé, il peut soit être valorisé dans l’agroalimentaire ou la production de e-carburants, soit être séquestré. Les projets GOCO2 (Saint-Nazaire), DKHARBO (Dunkerque) et Pycasso (Sud-Ouest) montrent l'importance de structurer et d’accompagner une filière française du CO2.
L’hydrogène, un pilier de la décarbonation de l’industrie française
L'hydrogène convertit l’électricité renouvelable en un gaz flexible et stockable, essentiel pour décarboner l’acier, la chimie et la pétrochimie. Des projets intra-hub (MosaHyc, RHYn, Hynframed) et inter-hub (BarMar, HySoW, HY-FEN) renforcent les infrastructures reliant producteurs, consommateurs et stockeurs.
Un signal politique urgent pour l'avenir des gaz renouvelables et bas-carbone
Les acteurs de la filière soulignent l'importance d'une planification énergétique équilibrée, intégrant les gaz renouvelables et bas-carbone pour réussir la transition énergétique. Ils appellent les pouvoirs publics à adopter rapidement des décisions structurantes, en instaurant un cadre économique et réglementaire global adapté. Ils rappellent que le développement de ces filières est crucial pour garantir la souveraineté énergétique de la France, promouvoir l'économie circulaire, soutenir la durabilité de l'agriculture française et développer l'emploi local, tout en valorisant les infrastructures gazières existantes. Une meilleure coordination des investissements et des infrastructures serait nécessaire pour maximiser les bénéfices environnementaux et économiques des gaz renouvelables.
Communiqué de presse et présentation de la conférence
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